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Le blog de nephret
Quelques poêmes, quelques réflexions, un peu journal intime et surtout partage des mots et des idées...

Tu n'as pas honte???

nephret #Ecriture
Cette petite phrase qu'une maman lançait ce matin à son petit garçon qui tirait la langue à une mignonne petite fille, m'a fait songer à ces petits mots assassins dont, parfois, les autres nous gratifient.

TU N’AS PAS HONTE ?

 

Qui, dans sa vie d’enfant ou d’adulte, n’a jamais reçu cette injonction blessante, culpabilisante ?

-         Tu n’as pas honte…. Pour ce que tu as fait ?

-         Tu n’as pas honte pour avoir contrevenu à notre code familial

-         Tu devrais avoir honte d’avoir seulement pensé cela !

Ces expressions qui visent (dans l’état d’esprit de ceux qui les prononcent) à aiguiser le sens moral ou à déclencher une prise de conscience ou un changement de comportement, sont de véritables poisons qui vont provoquer des malaises et  déboucher sur des auto-culpabilisations.

Ces petite phrases sont d’autant plus blessantes, plus aliénantes qu’elles sont provoquées par des proches (amis, parents, conjoints) qui tentent ainsi (il faut bien le dire) de renforcer leur propre pouvoir ou de vérifier leur emprise.

Dans le système relationnel qui domine encore aujourd’hui notre société ou la famille, le reproche, l’accusation, la culpabilisation constituent un mode très utilisé.

La culpabilisation, qu’il ne faut pas confondre avec culpabilité, vise à rendre quelqu’un responsable de ce qui est vécu ou éprouvé par un autre.

-         Regarde comme je suis malheureux (se) de ce que tu as fait…

La culpabilisation est en fait une déresponsabilisation cachée, un refus masqué de reconnaître sa part de responsabilité, d’admettre ce qui est profondément atteint chez celui qui la manifeste.

-         je t’accuse pour éviter de me sentir en partie responsable de ce dont je t’accuse et dont tu devrais avoir honte.

Mais… si je suis sur de mes valeurs, de mon intégrité, si je suis clair de tout calcul, je n’ai pas besoin d’exercer une pression morale sur autrui, je n’ai aucun motif de le culpabiliser en tentant de lui faire honte, il sait bien ce dont il est responsable, il n’a pas besoin de mon accusation pour le savoir dans son for intérieur. C’est une affaire entre lui et lui, mes injonctions, mes récriminations, mes pressions n’y changeront rien sauf à lui donner de bonnes excuses pour se dédouaner.

L’élément déclencheur d’une tentative de culpabilisation est relativement facile à déterminer. Il découle de l’un de ces quatre points :

-         Tu n’as pas fait ce que tu aurais du faire

-         Tu n’as pas dit ce que tu aurais du dire

-         Tu as fait ce que tu n’aurais jamais du faire

-         Tu as dis ce que tu n’aurais jamais du  dire.

Le « Tu n’as pas honte » est toujours en relation avec un point de référence qui fait loi dans un milieu donné. Celui qui fait appel à la honte se pose en garant du respect de la règle (il s’investit dans ce rôle de sa propre autorité et semble admettre et faire admettre qu’elle est incontestable- au nom de qui ou de quoi ?) Une variante habile sera le retournement de l’accusation, la victimisation : « à cause de toi, nous avons tous honte »

En prétendant prendre la faute sur eux, ils vont charger encore plus celui ou celle qui est censé en être responsable.

Les réponses de «  l’accusé » peuvent être extrêmement variables et ne vont pas toujours aller dans le sens souhaité par les accusateurs.
Celui qui reçoit l’injonction peut :

        - la confirmer et même l’amplifier.

Il peut se sentir vraiment coupable, honteux, c'est-à-dire ressentir du trouble, de la gêne, et adopter du coup une attitude de soumission (réelle ou feinte). En présentant profil bas, il peut tenter de désamorcer la colère et les reproches qu’on lui destine. En se soumettant, il peut imaginer retrouver l’amour, l’estime des autres, mais il ne fait que se placer sous leur coupe sans autre avantage qu’une trêve plus ou moins longue. Il devient la victime expiatoire, le souffre douleur, plus question pour lui de retrouver son statu d’être à part entière, il sera le fautif in aeternam.

            -  s’en défendre, tenter de minimiser ou nier.

« je ne l’ai pas fait exprès » voire ajouter un déni ou assortir d’une                     accusation en retour (contre-agressivité) «  c’est lui qui a commencé » ou même vouloir culpabiliser à son tour « c’est toujours moi qu’on accuse dans cette famille »

         - ou assumer, rejeter les nobles paroles et dialoguer en vue de trouver un modus-vivendi acceptable et reconnu par chacune des parties en présence.

Les tentatives de culpabilisation développent chez celui qui en est l’objet des doutes et du non-amour pour soi.

Il peut aussi se rebeller, ne pas se reconnaître dans le sentiment que l’on tente de lui attribuer, et laisser l’autre se confronter tout seul à son propre point de vue, l’obliger par son attitude digne à s’interroger ( même s’il le dénie) sur les motivations profondes des actes du « fautif »

Pour celui qui incarne l’autorité, ce n’est pas toujours suffisant. Il peut vouloir punir, exiger du repentir, des regrets, une confirmation de la soumission qui le conforte dans son accusation dans sa position de garant des lares, une prise de pouvoir sur la personne pour l’enfermer dans l’image d’avoir fait « quelque chose de honteux »

Toute démarche qui vise à diminuer, à humilier, à dévaloriser, à asservir une personne (enfant ou adulte) est infantilisante pour elle comme pour celui ou celle qui s’y engage- L’accusateur n’en sortira jamais grandi.

L’une des conséquences de la culpabilisation sera d’entretenir les séquelles de la toute puissance infantile que chaque adulte porte en lui-même, en lui laissant croire qu’il a le pouvoir de contrôler le comportement et la vie de l’autre.

Apprenons à ne jamais cultiver la culpabilisation. Face à un comportement qui peut nous choquer ou nous blesser, essayons de réaffirmer notre point de vue, de formuler notre sentiment intime, d’identifier clairement notre ressenti, notre seuil de tolérance en laissant à l’autre la possibilité de faire de même.

Toute relation humaine est basée sur une éthique personnelle, mais ne doit pas se laisser entrainer ou se perdre dans un moralisme qui maintient en dépendance ou qui entretient trouble, malaise, doute, manque de confiance.

La culpabilisation est un cancer. Un cancer de la communication qui détruit les cellules vivantes d’une relation, d’un couple, d’une famille.


On ne pense certainement pas à cela, lorsque, irrité, agacé ou  blessé par le comportement d'une personne proche ou moins proche, on lui assène cette petite phrase assassine :
< Tu n'as pas Honte?>

Alors que nous devrions avoir honte nous-même de ce comportement infantile et dévalorisant, pour l'autre comme pour nous!

 

 

 

 

 
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valérie 22/09/2009 23:19


Une réflexion très vraie et poignante sur la culpabilisation, malheureusement trop fréquente dans les relations humaines.
Que de jolis poèmes et textes dans votre blog.
Une pensée amicale de Beaucourt !
Valérie
Valérie


nephret 23/09/2009 00:45


Merci de ta viste, Valérie,
Pensées ensoleillées et amicales de la Presqu'Ile


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